Bientôt dans la petite ville de Mouans-Sartoux aura lieu un des plus grands Festival de littérature de France avec plus de 300 participants et plusieurs dizaines de stands, avec des auteurs déjà reconnus possédant des prix littéraires du niveau national et international à coté d’auteurs qui sont au tout début de leur carrière. Alors, comment ne pas être perdu dans toute cette variété d’exposants littéraires et comment trouver un livre d’un auteur intéressant, celui qui pourrait rester pour toujours dans l’histoire et faire partie “des grands classiques”?

Voilà, quelques idées pour les amateurs de littérature qui se déplaceront du 02 au 04 Octobre à Mouans-Sartoux pour faire une petite balade agréable parmi les stands sans perdre leur temps à fouiller dans les multiples bricolages littéraires proposés et trouver sans se tromper de vraies perles. Cela n’est bien sure pas une vérité absolue, c’est n’est que mon avis et ma propre façon de faire…

Avant d’aller au Festival je fais des petites recherches sur les auteurs de la liste des invitées, je regarde les interviews, les critiques et les extraits de leurs livres pour comprendre devant quels stands j’aurai, peut-être, l’envie de m’arrêter… Il me semble qu’ils existent certains critères par rapport auxquels on peut faire la distinction entre “ de la vraie littérature” et ce que j’appelle “du bricolage littéraire”…

FESTIVAL DU LIVRE LITTERATURE1) Pourquoi l’auteur écrit-il? Pour la gloire? Pour se donner de l’importance? Je dirais qu’un vrai auteur est plutôt celui qui écrit parce qu’il n’arrive pas à vivre autrement dans le sens que la littérature est pour lui sa façon d’exister et de s’exprimer, c’est celui qui ne peut pas résister l’écriture qui sort de lui, toute seule. Il y a un épisode du film sur Marguerite Duras “Cette amour-là” qui me vient à l’esprit. Quand la veille Marguerite Duras, gravement malade, étant à l’hôpital, dit à son jeune amant Yan: «Les médecins m’ont enlève le papier et le crayon, ils ne veulent pas que j’écrive, ils veulent que je meurs”. Oui, pour un vrai auteur il vaut mieux mourir que d’arrêter d’écrire. Ou bien s’il arrête d’écrire c’est qu’il ressent seulement de n’avoir plus rien à dire au monde à part des banalités. Le vrai auteur c’est celui qui n’écrit pas quelque chose dans le but de sortir un nouveau livre, parce que tout le monde attend de lui qu’il écrive un nouvel ouvrage littéraire, mais parce qu’il n’arrive pas à rester muet, silencieux, parce que les mots naissent dans sa tête et sortent sans qu’il puisse résister à leur pouvoir. Dans un autre film, “Des Ombres au Soleil”, le personnage principal, Weldon Parish, l’auteur à succès qui se retire dans un petit village en Toscane après la mort de sa femme, quand son jeune collègue, un auteur d’ambitions lui pose la question: “Pourquoi après un tel succès de votre premier livre vous avez arrêté d’écrire?”, Parish: “Mais je n’avais tout simplement plus rien à dire”.

2) Quel est le style de l’auteur? Les textes des “grands classiques” sont faits d’une telle façon que le lecteur à l’impression que l’auteur est né avec ses textes déjà tous prêts dans sa tête. Cela veut dire que dans les textes qui restent dans l’histoire de la littérature on ne peut pas enlever ou remplacer ne serait-ce qu’un un seul mots, on à la sensation comme si chaque mots avait toujours été là (même si on sait que les auteurs passent des fois des heures et même des semaines pour trouver “un mots juste”). Quand on regarde une robe faite par un bon couturier – on ne se pose pas la question de comment l’a-t-il faite, on ne voit pas ou se trouvent les coutures. C’est pareil pour les bons textes – dans ces textes il y a de la magie, ils sont éternels, par contre, il y a aussi des textes ou l’on voit les points de coutures, qui se présentent juste comme un enchainement de mots pour un remplissage de pages, c’est cela “le bricolage littéraire”- quand un auteur, comme un élève à l’école écrit pour arriver à un certain chiffre de mots pour son éditeur, quand un auteur emploie des phrases qui sont linguistiquement pauvres, les phrases sans vie, avec aucune image et aucun sentiment derrière, comme si on coupe du bois avec un marteau ou on fait tout simplement copier-coller en se servant de Wikipédia comme une principale source d’information.

3) Sur quoi l’auteur écrit ? Paradoxalement, mais le sujet du livre n’est pas si important, car tous les ouvrages littéraires sont à la base construits autour de…seulement 36 situations dramatiques (selon, la théorie proposée par Georges Polti), certains autres spécialistes de la littérature disent qu’il y en a encore moins…sept (Christopher Booker) ou même quatre (Jorge Louis Borges). Donc, il est impossible d’inventer un sujet tout à fait nouveau, mais il est possible de donner un nouveau regard à un sujet déjà connu – et ce sont les subtilités du style de l’auteur qui jouent un rôle primordial. Un vrai auteur est capable de faire vibrer tous les sens de son lecteur en décrivant juste…un verre d’eau posé sur une table. C’est cela l’art de littérature – aider le lecteur à regarder plus attentivement autour de lui et d’apprendre à voir dans les choses habituelles quelques chose d’inattendu, de beau, d’extraordinaire. Par exemple, comment les rayons de soleil traversant l’eau de ce verre créent un jeu de couleurs et de la lumière… Philip Delerme est devenu connu avec son petit livre “La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules” ou il parle des événements de la vie quotidiens, des plaisirs banales – une balade en forêt, un croissant du matin et les pâtisseries du dimanche, les fleurs d’automne dans le jardin, omelette aux champignons, apéritif chez les amis. Et Anne Gavalda s’est faite la réputation dans le monde littéraire avec un recueil de douze nouvelles “Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part” ou il s’agit des situations qui peuvent arriver à n’importe quelle personne.

Le contenu de la plupart des romans classiques peut être résumé en quelques phrases. Alors, dans le cas de la vraie littérature ce n’est pas l’intrigue en soi qui attire et pousse à continuer la lecture, mais plutôt la façon de raconter une histoire, le charme du style de l’auteur, car des fois un auteur peut même envoyer ces personnages dans l’espace et cela n’évoquera aucuns sentiments du lecteur, et, le contraire, la description d’une chose simple, comme une tasse de thé ou le goût du biscuit de l’enfance, peut faire voyager.

4) Et puis enfin, la dernière chose – quand vous serez au Festival – Quelle sera la personnalité de l’auteur? Quel sera le comportement de cet auteur? Est-ce qu’il vous racontera le contenu de son livre? Est-ce qu’il vous expliquera quelque chose sans que vous lui posiez vos questions?

Je me rappelle qu’une fois, quand j’ai rencontré Mr Garri Bardine, un auteur de films d’animation russe, il a dit que la question des journalistes qu’il déteste le plus est: “Qu’est ce que vous avez cherché à dire avec votre œuvre?”. Et il a avoué qu’il a toujours envie de répondre: “Tout ce que je cherchais à dire, je l’ai déjà dit dans mon œuvre”… Donc, un vrai auteur s’exprime dans son livre, c’est la qu’il laisse une partie de son âme et de ses pensées les plus cachées et profondes; et non dans des conversations inutiles autour de son livre. Non, un vrai auteur vous laissera regarder tranquillement, feuilleter les pages de son livre, parcourir rapidement quelques petits passages, il vous laissera rester tête-à-tête avec son livre, sans insister pour que vous le lisiez ou encore pire achetiez sans lire (dans ce cas il ne s’agit pas d’un auteur, mais plutôt d’un mauvais commercial qui a raté sa carrière ou vendeur de tapis). La vraie littérature n’a pas besoin de…trop de paroles, l’auteur essayera de répondre à des questions, mais seulement si c’est vous qui les posez.

Je souhaite à tout le monde de bonnes découvertes littéraires pendant ce Festival du livre 2015 à Mouans-Sartoux! Faites votre choix et profiter de cette ambiance culturelle très intense… Avec les rencontres, les conférences des auteurs et, bien sûre, plusieurs milliers de pages écrites et publiés cette années avec des milliers d’endroits et de personnages. Et pour ma part, j’espère faire la connaissance avec de nouveaux auteurs ainsi que leurs textes avec qui il serait un vrai défi et un vrai plaisir de travailler en tant que traductrice interprète russe…20